Biodiversité(s)

Quel est, peut ou doit être le rôle de l’ethnologue dans le cadre de programmes de protection et / ou de conservation de la biodiversité ? Quel peut être le rôle de l’ethnologue dans le cadre de programmes de recherche (pluridisciplinaires) sur la biodiversité ? Que peuvent s’apporter, les biologistes, les écologues et les ethnologues, pour ne citer qu’eux, sur la connaissance des milieux et des interactions entre les sociétés et leurs environnements ? Telles sont les questions que nous souhaitons poser dans le cadre du numéro spécial de la revue ethnographiques.org à paraître à l’automne 2013.

La compréhension de la biodiversité, de ses dynamiques tant sociales que biologiques et des problèmes qu’elle pose est un enjeu majeur pour les politiques d’aménagement du développement durable mais aussi pour les recherches fondamentales et finalisées ; c’est plus particulièrement un objet de recherche privilégié pour les sciences sociales et notamment pour l’ethnologie. L’ethnologie remet en question l’universalité des catégories et représentations occidentales (telle l’opposition nature/culture par exemple, cf. Descola, 1986, 1996, 2006) et éclaire les constructions sociales de la nature ou plutôt des natures des sociétés qu’elle étudie (Guille-Escuret, 1989). Si elle s’intéresse aux sociétés dites traditionnelles et à leurs relations à leur environnement, elle s’intéresse également aux sociétés dites modernes, aux discours sur l’écologisme et aux présupposés culturels qui sous-tendent les pratiques de protection ou de conservation de la nature (Garine et Erikson, 2001). Elle aborde l’influence que peuvent avoir ces nouveaux discours sur les relations que les sociétés modernes mais aussi traditionnelles ont à leurs natures et sur les conflits et tensions qu’ils engendrent (conflits d’usages, de légitimité mais aussi phénomènes de différenciation sociale par exemple. Voir notamment Manceron et Roué, 2009). L’apport de l’ethnologie dans la compréhension des interactions sociétés / environnement et des dynamiques de la biodiversité est indéniable tant du point de vue des débats scientifiques que politiques. Pourtant les ethnologues restent minoritaires dans les équipes de recherche pluridisciplinaires ou dans les programmes de conservation de la biodiversité s’attachant à ces questions.